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14 - 01 - 2021

EDITO : l’expérimentation animale est indispensable à la Science - Retour sur l’émission Terra-Terre du 3 janvier 2021 de Public Sénat

La Science a-t-elle encore besoin des animaux ? Telle était la question posée lors du débat diffusé dans l’émission Terra-Terre du 3 janvier 2021 sur Public Sénat et animé par Wendy Bouchard. Les invités (Audrey Jougla, fondatrice de Animal Testing, Brigitte Rault, vétérinaire référente éthique à l'INSERM et Roland Cash, vice-président de l’association Transcience) ont débattu autour du rôle des animaux dans la recherche biomédicale. La réponse à cette question est : oui, mais des axes d’améliorations sont encore possibles.

 

Si certaines études conduites avec des animaux sont encore classées « sévères », dans la mesure où il n’y a pas d’alternatives, les équipes de recherche mettent tout en œuvre pour diminuer les contraintes ou souffrances perçues par l’animal. La règle des 3 R (remplacer, réduire, raffiner), dictée par la réglementation (Directive EU 2010/63), s’applique pour diminuer au mieux le nombre d’animaux utilisés dans les projets scientifiques et leur fournir les meilleures conditions de vie possibles. Les procédures expérimentales et les actions visant à améliorer le bien-être animal sont systématiquement évaluées par les comités d’éthiques, composés des professionnels formés et volontaires. Des groupes de travail spécialisés, appelés Structure chargée du Bien-être Animal et présents dans tous les laboratoires, veillent au quotidien au respect des bonnes pratiques durant toute la vie de l’animal. Audrey Jougla estime que s’il y a eu des progrès grâce cette règlementation, il n’y a pas suffisamment de contrôles ni de transparence sur l’utilisation des animaux. 

 

La vie de ces animaux peut parfois se prolonger hors des laboratoires pour une deuxième vie bien méritée. En effet, la règlementation autorise leur placement à la fin d’une étude dans des refuges ou auprès de particuliers, sous certaines conditions très précises de sécurité. Le reportage diffusé pendant l’émission illustre cette chaine de solidarité entre les laboratoires et les associations comme le GRAAL et la SPA qui permet chaque année le placement de plusieurs centaines d’animaux.

 

L’utilisation de méthodes alternatives validées est obligatoire si elles apportent le même niveau d’information qu’un test sur un animal. En pratique, les approches dites alternatives constituent des méthodes complémentaires aux études sur des organismes intégrés. Qu’elles soient in vitro ou in silico, ces techniques sont très prometteuses, comme le précise Roland Cash avec l’exemple d’organoïdes sur puces contenant des cellules pulmonaires et rénales humaines. Les données recueillies par ces dispositifs sont utilisées en parallèle des études sur animaux et permettent de répondre à certaines questions. A terme cela diminue le nombre d’animaux utilisés mais sans pour autant pouvoir s’en passer complètement. L’organisme d’un animal permet d’étudier une fonction intégrée ou un organe, ainsi que leur dérèglement suite à une maladie, avec toutes les interactions et régulations complexes qui entrent en jeu (vascularisation, immunité, hormones, systèmes nerveux, métabolisme…). Alternatif ne signifie donc pas systématiquement substitutif.

 

Brigitte Rault, vétérinaire référente à l’INSERM (membre du GIRCOR), explique que le recours aux animaux pour la science est très encadré et reste essentiel pour faire avancer la recherche fondamentale et le progrès médical. Les tests réglementaires (efficacité et toxicité), obligatoires pour développer les nouveaux médicaments, ne représentent que 20 % des animaux ; la majorité concerne la recherche fondamentale et appliquée pour comprendre le vivant et les maladies. Elle illustre ses propos par quelques exemples comme les modélisations en chirurgie cardiaque (valve et cœur artificiel), la formation des professionnels ou l’étude de la dissémination de cellules tumorales métastatiques. Elle rappelle qu’il existe parfois de réelles similitudes dans les pathologies observées chez les animaux et les humains, comme pour la myopathie.

 

Les avancées médicales profitent aussi bien à la santé humaine qu’à la santé animale y compris pour nos animaux de compagnie. Pour que nous puissions tous continuer d’en bénéficier face aux enjeux de santé publique actuels et futurs, la vétérinaire explique l’importance de la pédagogie auprès des équipes de recherche. Les collectifs citoyens ne devraient pas accuser la communauté scientifique mais diriger leurs efforts vers des améliorations communes et positives, comme par exemple le financement des méthodes alternatives.

 

Nous sommes en effet tous concernés par le progrès permis grâce à la recherche, comme l’illustre le développement des traitements et des vaccins pour sortir de la crise sanitaire liée à la Covid-19. De nombreuses autres questions importantes pour la connaissance et la santé humaine ou animale restent encore sans réponse. La communauté scientifique doit continuer d’expliquer les conditions et la nécessité du recours aux animaux par des exemples concrets. Aujourd’hui, il faut renforcer ce lien de confiance avec les citoyens avec plus de transparence sur l’usage des animaux pour la science.

 

En conclusion de ce débat, les associations de protection animale et les professionnels de la recherche souhaitent tous une meilleure protection des animaux et de leur bien-être. Des pistes d’améliorations ont été rappelées dans cette émission : le développement de méthodes alternatives complémentaires, la formation des professionnels, la mobilisation de moyens pour améliorer concrètement les conditions de vie des animaux ou encore plus de transparence pour expliquer leur nécessité. Tous ces leviers constructifs participent à une recherche biomédicale durable, éthique et responsable.

 

 

l’expérimentation animale est indispensable à la Science - Retour sur l’émission Terra-Terre du 3 janvier 2021 de Public Sénat