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Recherche animale

14 - 11 - 2016

Des primates paralysés remarchent grâce à des implants

 

Des macaques paralysés ont recouvré le contrôle de leur jambe grâce à une interface neuroprosthétique. Une grande avancée dans le domaine de la paralysie, désormais en phase de tests sur l’Homme.


C’est une réussite sans précédent et une avancée importante dans le domaine de la paralysie qui vient d’être rendue publique ce 10 novembre. Des chercheurs de l’université de Lausanne, en Suisse, sont parvenus à refaire marcher des macaques qui avaient une jambe paralysée, à l’aide d’une interface “cerveau-moelle épinière”. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Nature.

 

Dans un premier temps, l’équipe de recherche franco-suisse a étudié l’activité du cortex moteur (la zone cérébrale liée à la planification, au contrôle et à l'exécution de mouvements volontaires) chez sept macaques rhésus, en les faisant marcher sur un tapis roulant. Les chercheurs en ont tiré un algorithme, et ont localisé par ailleurs les zones de la moelle épinière qui reçoivent les signaux nerveux du cerveau induisant un mouvement de la jambe.

 

Par la suite, les scientifiques ont volontairement réalisé une lésion partielle de la moelle épinière à deux macaques, afin de leur faire perdre l’usage de leur jambe droite.

 

Un pont sans fil pour court-circuiter la lésion

 

Pour rétablir la transmission du signal nerveux entre le cerveau et la jambe, les chercheurs ont mis au point un dispositif pour passer “au-dessus” de la lésion, en créant une sorte de pont sans fil entre le cortex moteur et la moelle épinière. Le dispositif se compose de quatre éléments. Le premier est un implant cérébral composé d’une puce, implanté chirurgicalement dans le cortex moteur gauche contrôlant la jambe droite. Cet implant enregistre les pics d’activité du cortex et envoie les données à un ordinateur. Placé hors de l’animal, ce dernier décode les données et les transmet au générateur d’impulsion, lui-même relié par des électrodes à la moelle épinière du macaque, en aval de la lésion. Au final, l’information de mouvement passe du cerveau à la moelle épinière puis au muscle, en faisant fi de la lésion.

Résultat : les deux macaques ont recouvré l’usage de leur jambe paralysée, l’un au bout d’une semaine après la pose de l’interface, l’autre au bout de deux, sans aucune autre aide. Même si les chercheurs ne savent pas encore si ces deux primates seront un jour en mesure de sauter ou de courir comme avant, il s’agit là d’une grande avancée, puisque c’est la première fois qu’une neurotechnologie restaure la locomotion chez des primates paralysés. De plus, la connexion s’effectue en temps réel, sans délai d’attente entre la prise de décision du macaque et le mouvement.

 

 

Une motricité très proche de celle de l’humain

 

Si les chercheurs ont choisi de mener ces expériences sur des macaques rhésus, ça n’est pas par hasard. Les macaques, et les primates de manière générale, ont une motricité principalement d’origine corticale, c’est-à-dire commandée par le cortex moteur, là où les rongeurs, et notamment les souris, ont une partie de leurs déplacements de l’ordre du réflexe. Or, l’humain a lui aussi une motricité corticale. Il aurait donc été moins opportun de tester ce dispositif sur des rongeurs pour le transposer ensuite directement à l’humain. Le macaque est l’espèce de primate la plus proche de l’humain sur laquelle les chercheurs ont le droit de mener des expérimentations.

 

Suite à ces travaux, un essai clinique mené sur des patients partiellement paralysés vient de commencer, au sein du Centre Hospitalier de Lausanne. Cette première phase de test permettra d’évaluer chez l’humain le potentiel thérapeutique de cette technologie. Il n’y a plus qu’à espérer que celle-ci fonctionne aussi bien chez l’humain, bipède, que chez le primate non-humain, qui peut s’aider de ses membres supérieurs pour marcher.

 

Hélène Bour

 

 

En savoir plus :

http://presse.inserm.fr/des-macaques-retrouvent-le-controle-dun-membre-paralyse/25651/

 

https://actu.epfl.ch/news/des-primates-retrouvent-le-controle-de-membres-par/

 

https://www.sciencedaily.com/releases/2016/11/161109133133.htm