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10 - 10 - 2016

Crispr/Cas9 : la technique qui permet de modifier l’ADN à loisir

La technique d’édition du génome Crispr/Cas9 existe depuis 2012. Considérée comme une véritable révolution pour la génétique, elle pourrait s’employer dans des tas de domaines. Zoom sur ce couteau-suisse de l’ADN qui soulève bien des interrogations.


Crispr/Cas9 : la technique qui permet de modifier l’ADN à loisir
C’est en 2012 que la technique CRISPR/CAS9 voit le jour. Co-inventée par l’Américaine Jennifer Doudna et la Française Emmanuelle Charpentier, cette méthode a été nommée découverte capitale de l’année 2015 par le magazine Science. Car cette technique qui permet d’intervenir sur la double hélice d’ADN, et ce de façon précise et rapide, pourrait bien révolutionner la biologie.  Crispr/Cas9 : comment ça marche ? Ce “couteau suisse” génétique est issu de la combinaison de deux éléments biologiques : CRISPR, pour Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats, de courtes répétitions de patrimoine génétique regroupées et espacées régulièrement, et Cas9, une enzyme, ou plus précisément une endonucléase, capable de couper la molécule d’ADN à un endroit précis. Concrètement, CRISPR est un brin de séquence génétique homologue à celle de l’ADN que l’on veut couper, qui va se fixer sur ce brin de la double hélice. De son côté, Cas9 va se charger de couper l’ADN à l’endroit souhaité. Et le “trou” laissé par le passage de CRISPR/CAS9 va pouvoir être comblé par n’importe quel nouveau fragment d’ADN, un peu à la manière d’un “copier-coller”. Cette technique permet donc d’ajouter ou d’ôter un gène d’intérêt, mais aussi de désactiver ou d’activer l’expression d’un gène. Si d’autres techniques d’édition du génome existaient déjà, celles-ci étaient longues, fastidieuses et coûteuses, là où CRISPR/CAS9 est incroyablement peu coûteuse, rapide et accessible.  Des applications presque à l’infini Si CRISPR/CAS9 suscite tant d’espoir et d’enthousiasme, c’est parce qu’elle pourrait s’appliquer dans tout un tas de domaines, notamment en médecine et dans l’agriculture. Modifier nos cellules immunitaires pour combattre des cellules cancéreuses, guérir des maladies génétiques rares, créer des plantes ou des animaux résistant à des maladies, modifier des moustiques pour les empêcher d’être vecteurs de virus ou de parasites...et pourquoi pas modifier le génome d’un embryon humain ! Les possibilités sont presque infinies. Dans la recherche animale, CRISPR/CAS9 a de nombreuses applications. En Australie, des scientifiques s’attèlent ainsi à rendre des œufs hypoallergéniques en modifiant le gène responsable de l’allergie aux œufs de poule. On peut également imaginer rendre des animaux plus corpulents par cette technique, dans le but d’augmenter la production de viande.  Une technique qui soulève des questions éthiques On comprend très vite que CRISPR/CAS9 pourrait entraîner des dérives éthiques et mener à l’eugénisme, si l’on se lance dans la modification des cellules reproductrices humaines. Et la limite technique, de taille, est notre compréhension du vivant. Car la génétique comporte encore des mystères, et l’on ne sait pas toujours très bien ce que la modification d’un gène peut engendrer sur l’organisme ou à l’échelle d’un écosystème. Des gardes fous éthiques vont sans doute voir le jour dans les prochaines années. Hélène Bour En savoir plus :https://theconversation.com/crispr-cas9-comment-modifier-les-genomes-va-changer-la-societe-66320https://lejournal.cnrs.fr/articles/crispr-cas9-des-ciseaux-genetiques-pour-le-cerveauhttps://www.huffingtonpost.fr/2016/01/24/crispr-cas9-revolution-genetique-licornes-embryon_n_9052064.html